Pastiche d'une boule, d'après Jean-Luc Parant
Une petite écervelée par Nita Sisteroli (revue Postures n°16)
"Nouveau drame au Japon : dans un musée de Tokyo, que d’aucuns disent spécialisé dans les expositions d’arrière-train, une collégienne de douze ans vient de perdre, en une fraction de seconde, la sale manie d’effectuer des projets. Une fois de plus, c’est par le canal de notre revue que Ben Harsiflout - notre sémillant directeur - publia le rapport d’enquête. Ce document édifiant nous apprend que les témoins de l’accident - tous jeunes camarades de classe de la défunte - n’hésitèrent pas, lors de l’interrogatoire, à incriminer l’infortunée gamine, en invoquant l’inexcusable manque de vigilance dont elle aurait fait preuve au moment des faits. A en croire les déclarations de ces vauriens dénués de compassion, la jeune adolescente qui venait de mourir écrasée sous leurs yeux méritait cette fin brutale, au motif qu’elle ne passait son temps qu’à rêvasser à la couleur de son prochain vernis à ongles ; c’est la raison pour laquelle, selon leur déposition, la petite ingénue n’aurait pu esquiver l’énorme sphère qui allait s’abattre sur ses jolies couettes enrubannées.
Commentant à chaud
l’évènement, Catherine Billetfranc, la rédactrice en chef de Riposte faillit déclencher un incident
diplomatique. En effet, elle n’hésita pas à attribuer à cet astéroïde une origine
prétendument française. Fidèle à son indécrottable manie de la citation, elle
crut judicieux de pointer la vague parenté formelle entre ce qui, pour tout
observateur nippon, ne restera qu’un infâme magma granuleux, et nombre de ces
chefs-d’œuvre rondouillards que l’on doit à un célèbre porte-parole de la
boulette ariégeoise dont, par décence, nous tairons le nom. Après une semaine
d’investigations stériles de la part de la police scientifique, Ben Harsiflout
fut sollicité pour son intuition légendaire : il avança aussitôt l’hypothèse
d’une chute inopinée de météorite en provenance de la planète Tlön. Dès son
arrivée sur les lieux de la tragédie, le natif de Tsal Jaldoum eut cette idée
renversante de lever les yeux au ciel, et, à en juger par l’énorme trou bleu
qui surplombait sa tête, il en déduisit que l’astre miniature avait dû perforer
l’épaisse toiture en béton du musée, avant de terminer sa folle trajectoire sur
le crâne par trop délicat de notre petite écervelée."
Un projectile infanticide par Leila Valmenc (revue Riposte n° 17)
"Aussi solides que paraissent les arguments du célèbre directeur de Postures, comment ne pas évoquer cette autre conjecture mise en avant par les représentants du Pentagone, plus que jamais décidés d’en découdre militairement avec l’Uqbar, ce pays de mécréants qui ne manque jamais une occasion de railler la procréation, les jeunes filles et les artistes : à l’évidence, plus lucides que les autres experts en charge de ce dossier, les représentants de la CI Aie et de la NS Aie ont le courage d’affirmer que ce projectile infanticide, d’une redoutable précision balistique, serait non pas un aérolithe en provenance des arrière-mondes mais bien une nouvelle arme de dissuasion, un genre de missile conceptuel qui aurait été secrètement mis au point par les théoristes du Paradox’art, dans la perspective criminelle de mettre à bas ces magnifiques gratte-ciel qui permettent à quelques esprits éclairés de stocker et d’organiser rationnellement nos formidables excédents en viande humaine, chair docile et laborieuse dont l’existence programmée se réduit à produire cette juteuse plus-value sans laquelle s’achèverait, pour notre plus grand malheur, la remarquable Odyssée du capitaclysme."
