



Piet ODINOS
Notion
explorée : La déposition
Les hrönir de Piet Odinos sont déposés au sol, à l'instar des modules de base du cordon sans fin.
Titre: Les Hrönir
Un disciple de Borgès par Tex Cartino (revue Postures n°16)
« Piet Odinos présente ses productions comme des objets qu’il aurait momentanément perdus puis finalement retrouvés. S’inspirant de l’idéalisme ayant cours sur la planète Tlön, il prétend qu’un objet perdu ne l’est jamais définitivement. Par exemple si deux individus cherchent un objet égaré, le résultat est étonnant : en effet, chacun d'eux pourra en retrouver un exemplaire singulier, exemplaire qui sera non moins réel que celui qui a été perdu, mais surtout bien plus conforme à leurs attentes esthétiques respectives.
Odinos a donné le nom de hrönir à ces objets perdus puis retrouvés. Quoique de forme disgracieuse et d'une couleur différente, ajoute-t-il, ils sont toujours un peu plus longs que ceux qui ont été égarés. Jusqu’à ces derniers temps, les hrönir furent les produits fortuits de la distraction ou de l’oubli. L’élaboration des hrönir a rendu des services prodigieux aux archéologues. Elle a permis d’interroger et même de modifier le passé, qui, maintenant, n’est pas moins malléable et docile que l’avenir. Fait curieux : les hrönir au second et au troisième degré - les hrönir dérivés d’un autre hrön, les hrönir dérivés du hrön d’un hrön - amplifient toujours les aberrations de ceux appartenant à la génération antérieure ; ceux de la cinquième génération sont presque uniformes ; ceux de la neuvième se confondent avec ceux de la seconde ; dans ceux de la onzième, il y a une pureté de lignes que les originaux n’ont pas. Le processus est périodique : le hrön au douzième degré commence déjà à déchoir. Odinos, conteur intarissable et philosophe à ses heures, prétend à juste titre que les choses ont une propension à s’effacer et à perdre leurs détails quand les gens ne leur portent pas une attention suffisante. »
Une étrange quincaillerie par Léa Rilier (revue Riposte n° 23)
« Après quelques transactions occultes, sur la vénalité desquelles les mémorialistes ont estimé, à juste titre, qu’il était inélégant de s’attarder, le manuscrit intitulé Plume, pinceau et bistouri devint, vers le milieu du vingtième siècle, la propriété du richissime Piet Odinos, membre charismatique de la Société Londonienne de ’Pataphysique. Cependant, et pour le dire sans ambages, le pauvre grimoire fut loin de rencontrer chez son histrion de propriétaire un esprit suffisamment exercé aux arguties des sociolectes uqbariens pour parvenir à décrypter la moindre ligne de cette voluptueuse langue orientale dans laquelle il était rédigé. Ce n’est que grâce à Thomas Griffiths Wainewright, toujours au mieux de son art lorsqu’il s’agit de traduire obliquement une langue dérivée du Syriaque, que les plus érudits parmi ses contemporains purent enfin se délecter du bruissement des trois cent soixante feuillets du poussiéreux grimoire.
Le très romanesque Odinos nous est le plus souvent dépeint comme un hâbleur fantasque, une espèce de Canaille à Blason qui, de ses expéditions lointaines, prétendait invariablement rapporter des myriades de trésors, issus, comme nous le savons aujourd’hui, de fouilles archéologiques auxquelles il ne participa qu’en imagination. En effet, ce parleur au souffle de marathonien n’eut jamais le cran de s’éloigner des jupes si protectrices de sa perfide Albion. Mythomane impénitent, dès que l’occasion lui était offerte de relater la genèse de chacune de ses pseudo découvertes, il devenait intarissable. En réalité, ces objets insolites provenaient d’innommables rapines. Avec une fascination mêlée d’effroi, les chroniqueurs de son temps présentèrent ces fétiches et talismans comme des incongruités visuelles provenant d’un univers inquiétant, en tout cas fort différent du nôtre. Sans doute, est-ce la raison pour laquelle ces artefacts, au statut plutôt mal défini, résistent encore de nos jours à toute tentative d’inscription dans un registre lexical connu.
Le fait que cette quincaillerie bigarrée, arrachée sans vergogne au patrimoine de l’Uqbar, ait été le fruit de brigandages moralement répréhensibles, ou bien celui d’une subtile stratégie d’infiltration de notre planète, fomentée par d’augustes magiciens peuplant les arrière-mondes, ne préoccupa que fort peu notre bateleur en dentelles. En effet, son unique souci fut d’asseoir au mieux sa réputation de conteur en exposant ces trophées dans le cadre de son très problématique cabinet de curiosités. Au mépris de la Vérité la plus élémentaire, que, de surcroît, il estimait sans saveur, c’est du moins ce qui se murmurait à certaines heures finement plissées de la nuit, dans les salons si distingués de la gentry, ce trublion d'Odinos répandit sans mollir sa chimérique logorrhée, à seule fin de mettre à l’épreuve les certitudes esthétiques de quelques happy few à pedigree, mondains et courtisanes de haute lignée, dont la vie, insouciante, se résumait à un interminable tour de manège dans le Sublime de la Représentation, et qui, à rebours de son verbiage virevoltant, s’entêtaient, pour leur part, à définir le goût comme un savoir-vivre débarrassé du commentaire. »


















