Les propos divergents et souvent contradictoires qui sont tenus sur les productions des 28 anartistes de cette fiction iconographique par les 28 théoristes des revues Postures et Riposte ont pour objectif de semer le trouble dans l'esprit du lecteur-regardeur, l'invitant ainsi à élaborer son propre récit.

7/26/2024

Line Boucliez selon Postures et Riposte



                                                                                 

                                                                                             Le songe d'Athéna

 

Line BOUCLIEZ

Notion explorée : Le déploiement narratif

Par la richesse de sa structure d'intentionnalité, le cordon sans fin se prête à une prolifération narrative, à de multiples scénarios et à des développements inédits.

Titre : Athéna, jeune, terrassant le dragon

Série : L'exil métaphysique des Gnostiques

 

Un exil métaphysique par Piet Melcox (Postures n°21)

« Il est impossible au regardeur attentif de ne pas être frappé par le silence et la désolation semblant régner dans les nombreuses bourgades et hameaux qui parsèment copieusement les peintures de Line Boucliez ! Tout ce qui peut symboliser un artifice civilisationnel paraît avoir été déserté par les personnages qu’elle met en scène, comme si l’exil, la fuite ou l’éloignement de ces lieux de promiscuité était un réflexe lié au maintien de leur santé spirituelle !

Pour comprendre le lien existant entre L’exil métaphysique des Gnostiques, sous-titre énigmatique que Line Boucliez donne invariablement en complément du titre de toutes ses peintures, et la présence récurrente de musiciens et de danseurs de tango, qui, eux aussi, sont chaque fois convoqués dans ses compositions, il est indispensable de faire un petit détour préalable, non pas du côté de l’Argentine ou de l’Uruguay mais plutôt du côté de l’Egypte et de la Mésopotamie, pays qui furent, du deuxième jusqu’au quatrième siècle de notre calendrier, le creuset de petites communautés aux croyances et pratiques insolites, confréries que les historiens des religions ont regroupées sous l’étiquette de Gnostiques.

Parmi eux, les Euchites ou Messaliens furent une secte qui apparut vers l’an 360 en Mésopotamie, dans la région d’Edesse, et qui se répandit ensuite en Syrie et en Asie mineure. Leur nom d'origine est, en syriaque, msalliané, signifiant les Prieurs (du verbe salli, prier). Ils étaient encore appelés Adelphiens, du nom d'Adelphius qui fut leur premier chef, mais aussi Enthousiastes, au sens propre de ce mot (du grec ένθουσιάζω, être possédé par la divinité), ou encore Choreutes (du grec χορευταί, Danseurs), parce que, en état de transe, ils sautaient de tous les côtés pour écraser les démons qu'ils voyaient sous l’emprise de breuvages hallucinogènes. Ils se nommaient eux-mêmes Spirituels (πνευματικοί).

La littérature et la peinture relatives au tango ne brillent ni par leur originalité ni par leur faculté à se renouveler. Depuis un siècle, les praticiens de ces deux disciplines s’évertuent à nous présenter le tango sous l’angle de sa seule dimension mélancolique et érotique. Les clichés ont la vie dure. Dans sa version inaugurale - que les historiens ont qualifiée de guardia vieja  (vieille garde) - c’est davantage la joie qui s’exprime à travers un rythme soutenu et bien marqué. Le tango, dans sa phase inaugurale, privilégiait des cadences plus rapides que celles qui verront le jour à partir des années 1930. Le récit officiel nous présente toujours cette musique comme une expression artistique résultant de l’expatriation douloureuse à laquelle furent prétendument contraints des millions d’Européens plus ou moins faméliques qui contribuèrent à augmenter de façon spectaculaire la population de l’Argentine vers la fin du 19ème siècle. 

Il fallut attendre les contributions de Ben Harsiflout, notre sémillant rédacteur en chef, pour que cette approche nostalgique et un tantinet pleurnicharde soit enfin contrebalancée par une argumentation moins larmoyante. Il postula, à la suite de son enquête sur Los tontos misticos - une coterie andalouse dont il parvint à établir la filiation avec les Gnostiques mésopotamiens, et ultérieurement avec les Gnostiques uqbariens - que cette nostalgie territoriale et culturelle de la patrie perdue ne constituait qu’une petite rhétorique démagogique tout à fait insignifiante pour ceux qui, tels les Euchites et leurs héritiers contemporains - les danseurs de tango exilés en Uqbar - avaient, pour leur part, la nostalgie d’un paradis perdu à dimension cosmique, le souvenir d’un éden éthérique se situant bien avant leur naissance, bien avant leur chute douloureuse dans la matière, bien avant la séparation de l’âme et du corps, bien avant leur malheureuse dégringolade dans le Temps et l’Histoire ! » 

 

Au confluent du Tigre et du Karoun  par Théo Silit (Riposte n° 22)

« L’exil métaphysique des Gnostiques est le sous-titre donné par Line Boucliez à toute une série de ses peintures. Grâce au précieux témoignage de l’évêque Timothée, nous savons que l’errance et le refus de la procréation constituaient deux caractéristiques partagées non seulement par ces parasites d’Euchites et de saccophores, mais aussi par toutes les autres sectes gnostiques de son temps. Uniquement soucieux de combattre Ialdabaôth, notre vénérable Créateur de la Terre et des Cieux, jamais ils ne daignèrent se préoccuper des contingences matérielles ou sociales. Refusant en premier lieu le travail, qu’ils considéraient, juste après la procréation, comme le plus grand des fléaux, et qui fit qu’on les appelait parfois les Paresseux, ils subsistaient uniquement de mendicité en jouant de la musique et en dansant. C’est dire si ces Gnostiques que Line Boucliez nous dépeint de toile en toile avec une complaisance suspecte devaient être de sacrés marioles qui n’avaient pas l’intention de marner avec les boulots !

Hommes et femmes, nous dit Timothée, vivaient en communauté et partageaient leurs maigres biens, avec pour seul désir : danser jusqu’à l’extase, une extase qu’ils recherchaient éperdument, afin, disaient-ils, de rejoindre aussi souvent que possible le lieu cosmique d’avant leur chute dans la lourdeur inhérente à toute vie terrestre. En bref, ces gnostiques n’étaient qu’une bande de grands délirants, de fainéants et de dépravés, entretenus, comme à toutes les époques, par les gens honnêtes et pieux.

Deux mille ans ou presque après avoir vagabondé dans les provinces de Mésène et Chacacène, au confluent du Tigre et du Karoun, voici que la native de Tsal Jaldoum les fait prestement revivre sous des costumes contemporains bien plus seyants que les sacs de toile écrue qu’ils arboraient à l’époque de l’évêque Timothée, comme si elle voulait nous signifier que l’habit ne fait pas le moine et que l’esprit gnostique était toujours aussi vivace, habitant désormais le corps de ces danseurs de tango qui, dès le début du vingtième siècle, demandèrent l’asile à l’Uqbar, seule contrée au monde à être mise au ban des nations lapines confédérées pour sa constance à honorer les réfractaires à la procréation, et à les protéger pour leur soi-disant discernement à ne pas vouloir reconduire la douleur inhérente à tout ce qui vit ! L’écrivain Bioy Casarès aura même le mauvais goût de faire à ces gnostiques une publicité superflue en rapportant en 1941 à son ami Borgès qu’un hérésiarque de l’Uqbar avait un jour solennellement déclaré que les miroirs et la copulation étaient abominables, parce qu’ils multipliaient le nombre des hommes. »


                                                           Le songe d'Athéna et le songe de l'indien (détails)

                                                                        Athéna jeune terrassant le dragon
 




Une prière d’exécration et de rédemption !  Par Nita Sisteroli (revue Postures n°33)

« Un peu de culture ne peut pas nuire à la bonne compréhension d’une peinture. Ce point de vue s’applique également aux productions de Line Boucliez. Pour les Gnostiques, et pour leurs héritiers spirituels, les Uqbariens, notre Pourrissoir des âmes, comme ils désignent avec dédain la Terre, est l’œuvre d’une entité céleste foncièrement mauvaise et rebelle au Dieu inconnaissable. Tout ce qui grouille à la surface de notre globe est indistinctement imprégné de substance maléfique et gouverné par elle.

Le mal, selon les Gnostiques, qui, dans leur jargon, est qualifié d’émanations hyliques, se trouve présent à forte dose en chaque individu, aussi bien physiquement que mentalement, du simple fait d’exister, avec cette réserve toutefois que subsiste chez certains - qu’ils appellent les Pneumatiques - une trace infime de la présence divine originelle non corrompue : l’Adam intérieur ! Ceci n’est, dans leur terminologie, qu’une métaphore pour désigner le souvenir qu’ils ont de leur félicité d’avant la conception et l’incarnation. Puisque, selon eux, chaque être se trouve, dès sa naissance, jeté au sein d’un microcosme soumis à la violence d’un mauvais dieu, il doit pour s’en libérer lui opposer une violence égale, mener contre ce grand coupable - qu’ils appellent aussi le grand pervers - un combat sans merci.

Cette lutte passe par la conjonction d’une prière d’exécration et d’une danse à caractère méditatif qui se poursuit jusqu’à l’extase, juste après l’absorption d’un breuvage à base de champignons hallucinogènes. Cette supplique est précieusement conservée dans le dossier 28 des Services Secrets Spéculatifs de Quouramdam. Elle figure dans un incunable xylographique datant du cinquième siècle de l’ère du crucifié et s’adresse au Père-la-tuile, autre nom que les Gnostiques donnent au démiurge. C’est une sorte de ritournelle continue qui les plonge dans un état second, ouvre leur âme à l’intrusion de l’Esprit Saint et finit par les libérer du démon.

Prenant place dans un rituel très codifié qui a pour pivot une chorégraphie de couples à vocation extatique, il s’agit, par l’entremise de cette rengaine incantatoire, de mener un véritable combat physique et spirituel contre l’emprise de Ialdabaôth, contre ce monstre que l’on extirpe de soi, à la manière d’une épine ! A elle seule, cette ardente supplique que les Gnostiques adressaient au Créateur responsable de toutes nos douleurs et souffrances, prière réactivée de nos jours par leurs héritiers spirituels, les danseurs de tango uqbarien, éclaire de manière lumineuse la dimension métaphysique du projet pictural de Line Boucliez. En voici la teneur, in extenso, telle que Postures la publia jadis :

Vous le prince des imposteurs, vous le roi des incapables, vous le seigneur de l’infamie ayant pétri avec suffisance cette machine à gémissements dans laquelle nous croupissons depuis trop longtemps, vous le grand bâcleur de la Terre et des Cieux, donnez-nous la faculté de ne jamais vous honorer pour ce geste criminel, épargnez-nous l’insanité de toute adoration pour votre forfaiture, éloignez de nous cette tentation qui pourrait nous enchaîner pour toujours à vos fariboles ! Que le vide intersidéral s’étende à jamais entre notre cœur et ce ciel de pacotille, ce firmament de bas étage qui est le vôtre. Nous ne souhaitons pas nos retraites dans le désert hantées par votre présence fétide, nos douces nuits d’amour tyrannisées par vos ténèbres. Débarrassés pour toujours du souci de croître et de nous reproduire, comme celui de travailler pour nourrir sa progéniture, nous voulons nos mains pures, à rebours des vôtres qui se souillèrent en malaxant la glaise et en se mêlant intempestivement de ce qui ne les regardait pas.

Nous n’attendons rien de votre stupide omnipotence et, par la danse, nous vous piétinons sous nos pas rédempteurs et retrouvons ainsi le miracle d’avant le premier instant, la paix et le silence que vous ne pûtes tolérer et qui vous incita à bricoler une brèche dans le néant pour y introduire cette maudite foire temporelle, et pour nous condamner aux chaînes putrides de votre laboratoire des humiliations, ce pourrissoir des âmes qui jamais ne parviendra à nous réduire à l’état d’organisme à ingurgiter et à fienter. En aucun cas, nous n’accepterons de n’être qu’un tonneau de distillation fécale, cause de peste et de maladies, et pour tout dire un misérable alambic à merde. »

 

Une insupportable couleur verdâtre !  Par Vera Tred (revue Riposte n°34)

« Parmi les poncifs que les rédacteurs de la revue Postures ne manquent jamais de nous asséner au sujet de la prétendue filiation picturale de Line Boucliez, citons l’admiration sans bornes qu’elle aurait pour Joachim Patinir, un peintre flamand dont on connait le goût prononcé pour les paysages construits avec présence humaine ! De toute façon, même si cette insistance sur une vague parenté de genre avec son illustre prédécesseur fait partie des règles du jeu, nous estimons, au sein de la rédaction de Riposte, qu’elle est par trop amplifiée par ses laudateurs à des fins de légitimation et que l’imposture finira par se voir.

Soyons honnêtes : l’intention était peut-être bonne mais le désir de ressembler à Patinir est totalement anéanti par l’incapacité technique de Line Boucliez à respecter les échelles de grandeur, au point  où ce qui prévaut dans ses compositions c’est toujours le chaos, la surcharge et le manque de respiration. De surcroît, les signes alambiqués et prétendument porteurs de sens dont elle truffe ses toiles de façon par trop systématique sont répartis à l’envi dans des paysages aux articulations hautement improbables, avec des décors théâtralisés, eux-mêmes habités par une faune et des personnages incongrus.

Tous ces signes ne se drapent de références ésotériques qu’afin de mieux masquer son impuissance à élaborer une peinture cohérente et enfin débarrassée de cette insupportable couleur verdâtre qu’elle utilise de façon outrancière et qu’avec bonheur seuls les adeptes de l’art contemporain sont parvenus à bannir de leur palette depuis au moins une éternité ou deux ! L’esthète qui ferait le très mauvais choix de s’aventurer dans une exposition de cette schizophrène du pinceau serait inéluctablement balloté entre la stupéfaction et l’accablement. Outre le fait qu’il ne ferait que passer du vertige à la stupeur, il se trouverait inexorablement acculé à une forme d’hébétude dont il ne se remettrait que difficilement. Au même titre que tous les psychiatres qui l’accompagnent dans ses bouffées délirantes, nous estimons que Line Boucliez ne nous propose qu’une imposture picturale inutilement soutenue par des récits à dormir debout. »

                                                                                Le songe de l'Indien

 

Une narration d’inspiration gnostique par Nicole Costa (revue Postures n°12)

« Parmi les éléments iconographiques convoqués de manière récurrente dans toutes les toiles de Line Boucliez, on se doit de citer : des champignons hallucinogènes, un serpent, des palmiers, un désert, des ruines, des villages désertés, des ponts, des rivières serpentines, des gamètes passant de vie à trépas, des figures majeures de la mythologie grecque, un objet étrange à la signification inconnue, des danseurs de tango, et, enfin, un musicien jouant du bandonéon ! Comment donc imaginer une seconde qu’un catalogue aussi riche, aussi précis et aussi systématique soit le fruit du hasard ou du chaos ? » 

 

Une iconographie chaotique ! Par Lucie Brunato (revue Riposte n°13)

« Line Boucliez est incapable de respecter les échelles de grandeur, à tel point que ce qui prévaut dans ses compositions c’est toujours le désordre, la surcharge et le manque de respiration. De surcroît, la multitude de signes alambiqués et prétendument porteurs de sens dont elle truffe ses toiles de façon par trop systématique sont répartis à l’envi dans des paysages aux articulations hautement improbables, avec des décors théâtralisés, eux-mêmes habités par une faune et des personnages incongrus. La foisonnante iconographie de ses toiles ne parvient pas à masquer son impuissance à élaborer une peinture harmonieuse qui serait enfin débarrassée de cette sempiternelle couleur verdâtre qu’elle utilise de façon outrancière. Line Boucliez ne nous propose qu’une imposture picturale inutilement soutenue par des récits à dormir debout. »

                                                                 Les saccophores

Des tangueros mystiques !  Par Sonia Estrilit (revue Postures n°46)

« S’il est un argument qui n’a jamais été pris en compte par les plumitifs de Sleeping Pill et d’Art Stress, c’est bien le sous-titre récurrent des principales productions de Line Boucliez : l’exil métaphysique des Gnostiques. Dans une série d’articles relatant le profond sentiment d’exil cosmique que manifestent en permanence les tangueros d’Uqbar, Ben Harsiflout mit en exergue la similitude existant entre le rituel étrange auquel se livraient quotidiennement les Euchites - ces marginaux du quatrième siècle qu’on appelait aussi les Danseurs - et cette pratique du tango surgie des bas-fonds de Buenos Aires et de Montevideo, mais dont, bizarrement, les historiens de la musique ne parlent que de façon très évasive.

Les Uqbariens, eux, sont précis. Ils affirment que cette danse est une technique de dé-corporation remontant au plus lointain des âges, et qu’elle ne s’est transmise, de génération en génération, que dans les petits cercles de sensibilité gnostique. Ils prétendent être en quête de la même sensation que celle recherchée avec assiduité par leurs lointains ancêtres, les Euchites, et poursuivre le même objectif : essayer de retrouver l’extase inhérente à l’unité primordiale d’avant la séparation. Ils essaient de reconquérir, par le truchement d’une danse de couple pouvant être reconduite à l’envi, jusqu’à l’épuisement du corps, le lieu non substantiel de leur origine cosmique, et cette jouissance continue qui les fait se fondre délicieusement en un Dieu synonyme d’Absence et de Silence ! »

 

Un salmigondis indigeste !  Par Sim Calone (revue Riposte n° 47)

« S’il est d’usage de se référer en priorité au titre d’une peinture pour savoir de quel sujet celle-ci a l’intention de nous entretenir, eh bien, c’est précisément ce qu’il faut éviter de faire devant un cartel de Line Boucliez, sous peine de s’enfoncer dans une suite sans fin de fausses pistes. On peut même affirmer que Line Boucliez - en nous proposant des titres aussi abscons que Les saccophores, Le songe d’Athéna, Athéna jeune terrassant le dragon, Le songe de l’Indien, ou encore On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs - occupe une place de choix dans cette discipline émergente du Paradox’art, une pratique fort contestable dont on peut douter de l’intention affichée par ses promoteurs, et dont il faudra bien, un de ces jours, questionner les véritables motivations.

En effet, comment expliquer la dose phénoménale d’indifférence que Pneuma et la revue Postures, son indéniable relais médiatique, manifestent à l’égard de cet art contemporain qui nous a déjà offert tant de merveilles et que nous ne cesserons de défendre dans les colonnes de Riposte!

Avec le titre de l’œuvre, il est également courant pour un critique d’art de se demander à quel genre pictural une peinture se réfère. Or, confronté à une production de Line Boucliez, il est malheureusement impossible de le savoir, tant cette artiste d’occasion se complaît à cultiver les extravagances et à brouiller les indispensables taxinomies. Relevant de toutes les catégories à la fois, la thématique spirituelle que ses laudateurs de Postures prétendent décrypter dans un chaos de barbouillages amphigouriques ne constitue, à nos yeux, qu’un salmigondis incompréhensible et indigeste.

Tout observateur scrupuleux qui se fixerait pour objectif raisonnable de décrire une peinture de Line Boucliez afin d’en comprendre la signification se verrait inévitablement confronté à cette question fort déplaisante : mais par où donc commencer ? Devant la forêt de paysages, de signes, de personnages et de symboles grossièrement entremêlés qu’elle propose au regardeur, cette interrogation liminaire ne ferait qu’accroître le désarroi bien compréhensible de notre Sherlock Holmes en herbe. Aussi vais-je lui proposer cette prophylaxie radicale qui consiste à tourner promptement le dos aux déconcertantes productions de l’Uqbarienne ! »









                                                                                 

      On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs! (1)


Un pinceau en rade


On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs! (2)
On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs! (3)
 

Line BOUCLIEZ

Notion explorée : Le déploiement narratif

Par la richesse de sa structure d'intentionnalité, le cordon sans fin se prête à une prolifération narrative, à de multiples scénarios et à des développements inédits.

Titre : Il était mille et une fois, en Uqbar, Shérazade, le sultan Sharhiar et le labyrinthe des hypothèses masquées.

 

La magie de la littérature par Eric Tiaf (revue Postures n° 36)

« C’est grâce à l’une de ses plus illustres anartistes, que l’Uqbar peut aujourd’hui se féliciter d’avoir apporté sa modeste contribution gnostique aux innombrables récits qui composent le vaste corpus des mille et une nuits. Fort prisé des Uqbariens, ce triptyque de Line Boucliez est perçu comme une allégorie de la violence inexorablement vaincue par le pouvoir pacificateur de la littérature. Emblème d’une conquête culturelle indissociable du processus d’humanisation, cette peinture en trois volets relate l’histoire exemplaire de la transformation morale du sultan Sharhiar. Trompé par la première de ses épouses, il la tua et, pour se venger de cette infidélité, se promit d’assassiner toutes les suivantes, semant ainsi la terreur dans toute la contrée. Déterminée à affronter la fureur du Sultan, Shérazade, sa dernière épouse, utilisa une ruse magistrale pour que soit sans cesse reporté le moment fatidique de sa mise à mort. S’appuyant sur l’artifice d’une narration joliment illustrée qu’elle prolongeait nuit après nuit, Shérazade assista au fil du temps à la métamorphose de son époux. Celui-ci renonça finalement à son funeste projet, devint l’un des plus fervents adeptes de la fiction iconographique et compta parmi les sages les plus influents de l’Institut des Grandes Interrogations. »

 

Des contes à dormir debout ! Par Niel Mosca (revue Riposte n°37)

« Fidèle aux discours mielleux de la revue Postures, Eric Tiaf s’abstient de dévoiler au lecteur l’aspect nihiliste des histoires rapportées par Shérazade au Sultan Sharhiar. En effet, à elle seule, l’observation attentive des trois volets du triptyque ne nous permet nullement d’en appréhender le substrat toxique. Au mieux, l’amateur éclairé y retrouve de très douteux arguments iconographiques, déjà présents dans les peintures plus anciennes de Line boucliez. Les plus problématiques d’entre eux sont des représentations ridicules de spermatozoïdes et d’ovules, une fois de plus injustement stigmatisés. Les premiers sont capturés successivement par un aigle, un crocodile et une chouette et, à coup sûr, destinés à être dévorés. Ceux qui ne sont pas dans une situation d’impasse sont maltraités et voués à une mort certaine. Les seconds sont invariablement criblés de flèches ou empalés, tels les valeureux martyrs de notre tradition chrétienne ! Pourquoi donc l’Institut des Grandes Interrogations qui encadre d’une main de fer les productions de ses artistes s’acharne-t-il à imposer une iconographie aussi agressive vis-à-vis des gamètes ? A n’en pas douter, la réponse réside dans les contes à dormir debout de Shérazade, divagations littéraires dont la meilleure version, publiée en 1641, me semble être celle de Johannes Valentinus Andréa. Le lecteur qui ne maîtrise pas encore la langue allemande pourra toujours consulter le catalogue de librairie de Bernard Quaritch. Par bonheur, il y trouvera, à la page 28, une petite phrase qui résume assez bien les fastidieux mille et un chapitres traduits de l’Uqbarien par Andréa. De récit en récit, tel un perroquet,  la trop volubile Shérazade ne cesse d’asséner au pauvre Sharhiar : il faut jouir de l’existence et se débarrasser du fardeau de la procréation ! Quel genre de monstre pourrait donc souscrire à une injonction qui conduirait inexorablement à l’extinction de l’humanité ? »

 
 
Triptyque volet 1 : Il était millle et une fois en Uqbar, Shérazade, le sultan Sharhiar et le labyrinthe des hypothèses masquées

 
Triptyque volet 2

Triptyque volet 3
Triptyque, vue d'ensemble
 
Présentation sur roll-up de deux extraits critiques divergents des revues Postures et Riposte

 
Triptyque volet 1 détails

 
Triptyque volet 2 détails


 
Triptyque volet 3 détails