Huit partitions linguistiques de Patti Iron
Partition linguistique numéro 126 datant de 1969, interprétée plastiquement par Lucas Jenacaq en 1970
Réaliser une sculpture relevant de l’enfance de l’art et dont l’énoncé pourrait être : « Ceci est une sculpture serpentine adorant voyager et dont la forme régulièrement changeante du petit train de soixante cinq mots qui la constitue vient explicitement nous signifier que son ambition est de se dérober à toute tentative de clôture du visible par le dicible et à cette tyrannique prétention grammairienne considérant que le verbe voir devrait se conjuguer de manière transparente avec le verbe savoir ».
Partition linguistique numéro 133 datant de 1969, interprétée plastiquement par Lucas Jenacaq en 1992
Réaliser une sculpture relevant de l’enfance de l’art et dont l’énoncé pourrait être : « Trois mots portatifs ».
Partition linguistique numéro 135 datant de 1970, interprétée plastiquement par Lucas Jenacaq en 1995
Réaliser une sculpture relevant de l’enfance de l’art et dont l’énoncé pourrait être : « Trois fois rien ».
Partition linguistique numéro 14 datant de 1968, interprétée plastiquement par Lucas Jenacaq en 1969
Réaliser une sculpture relevant de l’enfance de l’art et dont l’énoncé pourrait être : « Deux cent-trente trous blancs ».
Partition linguistique numéro 260 datant de 1996, interprétée plastiquement par Lucas Jenacaq en 1996
Réaliser une sculpture relevant de l’enfance de l’art et dont l’énoncé pourrait être : « Ces mots vont faire du chemin ».
Partition linguistique numéro 24 datant de 1968, interprétée plastiquement par Lucas Jenacaq en 1970
Réaliser une sculpture relevant de l’enfance de l’art et dont l’énoncé pourrait être : « Sculpture nomade ».
Partition linguistique numéro 140 datant de 1970, interprétée plastiquement par Lucas Jenacaq en 1970
Réaliser une sculpture relevant de l’enfance de l’art et dont l’énoncé pourrait être : « De nombreux cubes en bois placés côte à côte pour former une rangée de cubes en bois ».
Partition linguistique numéro 141 datant de 1970, interprétée plastiquement par Lucas Jenacaq en 1970
Réaliser une sculpture relevant de l’enfance de l’art et dont l’énoncé pourrait être : « De nombreux cubes colorés placés côte à côte pour former une rangée de cubes colorés ».
Partition linguistique n° 83 datant de 1985, interprétée plastiquement par Elsa Gambes en 1986
Réaliser une peinture relevant de l’enfance de l’art et dont l’énoncé pourrait être : « Une peinture carrée de 56 cm de côté, en 28 nuances de vert, qui pourrait être composée de 28 cercles assemblés en spirale, chacun représentant une iconographie emblématique de la production des 28 anartistes du labyrinthe. »
Patti IRON
Notion explorée : La partition linguistique
Dans la troisième fiction proposée par Biografictor28, et déclinée par Alberto Fushni, le cordon sans fin est une célébration plastique de l'énoncé numéro 28 de Patti Iron.
Titre : Partitions linguistiques n°1,2,3…
Un handicap transfiguré ! Par Nita Sisteroli (revue Postures n°91)
« Née avec des moignons à la place des mains, Patti Iron aurait pu se rallier à cette tendance par trop sérieuse de l’art conceptuel qui consiste à réduire l’œuvre à son seul énoncé peint sur un mur. Au lieu de cela, en adepte de la copaternité, l’Anglaise considère comme essentielle l’étape de la célébration plastique de ses partitions linguistiques par un opérateur complice. En effet, c’est toujours leur interprétation matérielle en trois dimensions par un autre artiste qui révèle leur intention ludique. Usant en permanence de l’autodérision, la Londonienne nous confie, amusée : d’une certaine manière, avec l’élaboration de mes diverses propositions linguistiques, je me suis contentée de mettre la main à la pâte de la plaisanterie. »
Une posture faussement enjouée ! Par Leila Valmenc (revue Riposte n°92)
« A l’évidence, la prédilection de Patti Iron pour une pratique artistique reposant sur le langage n’est qu’une conséquence de son lourd handicap physique. En l’absence de destin artisanal, ne sachant comment se rendre intéressante, Patti Iron en est réduite à se moquer des conceptuels dont elle juge les énoncés linguistiques bien trop imprécis. Misérable compensation ! A rebours de ses déclarations publiques faussement enjouées, il doit fatalement lui arriver de s’avouer, le soir au fond de sa couette, que sa causticité et son imagination débridée résultent, hélas, de sa malheureuse infirmité. »
Protocole méthodologique de Patti Iron
1. Mes partitions linguistiques sont toutes déposées et accessibles en permanence auprès de l’agence en transactions artistiques Pneuma ou auprès de l’un de ses collaborateurs dûment mandatés. Elles font invariablement référence à des pratiques ou à des œuvres relatives à l’histoire de la peinture ou de la sculpture.
2. Je n’interviens jamais dans la mise en forme de mes partitions linguistiques. En aucun cas, je ne les considère comme des œuvres déjà réalisées, mais uniquement comme la première étape, une sorte de partition incomplète - qui reste donc à actualiser -, un morceau de subjectivité flottante que je propose à une personne inconnue pour qu’elle vienne y greffer son propre imaginaire, sa propre fantaisie, sa propre subjectivité, et qui, tout comme moi, souhaiterait bousculer cette croyance bien ancrée qui tend à considérer que toute proposition artistique doit être le produit issu des seules entrailles ou du seul cerveau d’un auteur monolithe et tout puissant, appréhendé par l’opinion comme un démiurge parfaitement maître de son désir, de sa pensée et de ses gestes.
3. Si un tiers - ou plusieurs - souhaitait donner forme à l’une de mes partitions, il devrait impérativement référer son interprétation matérielle à ma prescription linguistique, en signifiant, sur le cartel accompagnant la proposition visuelle issue de cette traduction, que nous sommes, lui et moi, les coresponsables, en un mot les co-auteurs de ce qui est exposé, ceci afin de bien souligner qu’une production offerte à l’appréciation esthétique peut également surgir du croisement de deux - ou de plusieurs - subjectivités, chacune d’entre elles ayant manifesté le désir de mettre prioritairement l’accent sur l’une ou l’autre des deux composantes incontournables d’une peinture ou d’une sculpture, à savoir, pour la première de ces deux subjectivités, l’invariant célébration discursive et, pour la seconde, l’invariant célébration plastique.
4. Chaque partition linguistique de mon répertoire peut - et aspire à - se prêter à de multiples célébrations plastiques. Si l’une d’entre elles générait un désir d’interprétation formelle chez plusieurs opérateurs successivement, chaque nouvel « entrant » dans le jeu de traduction, du fait qu’il aurait impérativement connaissance de la traduction précédente enregistrée par Pneuma, traduction qui ne serait pas sans influence sur sa propre représentation de l’énoncé, devra, au moment où il exposera sa version, pour des raisons évidentes d’honnêteté intellectuelle, citer également, en plus de mon nom, celui de l’opérateur complice qui l’aura précédé dans l’actualisation du dit énoncé. Et ainsi de suite, en cascade, tant qu’il y aura de nouvelles interprétations de la partition et des représentants de Pneuma sur Terre.
5. Ces différentes interprétations plastiques peuvent être le fait d’un seul ou de plusieurs opérateurs œuvrant de manière solidaire.
6. Certaines
de mes partitions linguistiques, se référant exceptionnellement à un chef
d’œuvre jusqu’alors peu commenté de l’histoire de l’art, exigent, pour être
mises en volume, que le traducteur fonde impérativement son interprétation
matérielle sur une fiction qu’il devra rendre publique, soit sous forme de
conférence, soit sous forme de publication, afin de multiplier les sources
d’intentionnalité de la proposition visuelle et brouiller ainsi les présupposés
de paternité artistique et d’univocité discursive qui restent encore fortement
attachés à la notion de production symbolique.
7. Parmi les partitions linguistiques auxquelles je viens de faire référence dans le point 6, il en existe un petit nombre qui induisent une transmission intergénérationnelle, une forme de coopération intime qui suppose soit une grande complicité intellectuelle, soit beaucoup d’amour. Dans le cas, donc, où plusieurs opérateurs sont envisagés pour la déclinaison dans l’espace public de l’une de mes partitions linguistiques, le traducteur devra impérativement élaborer, en complément de sa fiction, une clause libératoire qui le dégagera de la rigueur de mon protocole méthodologique. Cette clause, qui sera consignée par les responsables de Pneuma, au même titre que sa fiction, lui donnera la possibilité de se délivrer de l’impératif du programme auquel il s’était soumis jusque-là, et à la seule condition, bien entendu, que le dit énoncé et sa traduction matérielle, soient scrupuleusement respectés par le nouvel opérateur qui prendra la relève.
8. Concernant les partitions linguistiques dont je viens de parler aux points 6 et 7, le nouvel opérateur ne sera pas tenu de proposer un agencement formel inédit, une traduction plus fraîche de l’énoncé. Le rôle de cet opérateur, non dénué d’intérêt, sera uniquement de proposer une nouvelle fiction incluant les arguments de la partition linguistique de référence, le respect de sa traduction plastique et de son mode de présentation, enfin l’intégration habile de la trame de la fiction précédente dans sa propre fantaisie narrative.