Série de 7 exemplaires : une banane et 2 figues de Piero Netti
Amina Solisti la banane (7 exemplaires) à partir de Piero Netti
Méfiance d'Amina Solisti à partir d'Elsa Gambes
A la recherche d'un bon placement, Madame, méfiante:
- Cette peinture est-elle vraiment moderne? De nos jours, on fait si bien les imitations!
Amina SOLISTI
Notion explorée : L’assimilation
28 arguments empruntés à l'histoire de l'art moderne et contemporain ont été assimilés par Biografictor28 pour parvenir à l'élaboration du cordon sans fin.
Titre : Méfiance
Entre soustraction et addition par Nicole Costa (revue Postures n°32)
« Il n’existe aucune production picturale qu’Amina Solisti ne rêve de transformer, afin de la rendre plus conforme à ses attentes esthétiques. Sa plus récente réalisation intitulée Méfiance est une peinture d’Elsa Gambes qu’elle a radicalement modifiée, avec son accord, en ne conservant que l’étonnante partie centrale. Cette zone qu’elle a jugé bon de préserver de l’oubli des Hommes a été en quelque sorte le catalyseur, la source d’inspiration d’une stimulante intrigue illusionniste qui est nourrie par une légende donnant intentionnellement à l’ensemble une coloration ironique. Digérer, mettre en valeur ce qu’elle considère comme les meilleurs fragments iconographiques de son musée imaginaire, voilà en quoi consiste la vie de cette amoureuse de la couleur ! La carrière d’anartiste d’Amina Solisti débuta par l’achat d’une œuvre du Génois Piero Netti qui, paradoxalement, lui inspirait un profond dégoût. Celle-ci était composée d’une série de sept tableautins quasiment identiques représentant deux figues et une banane posées sur une coupe.
Pour des raisons existentielles tenant sans doute à son refus radical de la procréation, Amina Solisti fut prise d’un violent désir de faire la peau à cette série de peintures dont le sujet pouvait manifestement se décrypter comme une allégorie de la fertilité. En effet, il n’était pas bien difficile d’établir une analogie entre la procédure de reproduction picturale qui fut choisie par Netti et le motif de sa composition pouvant lui-même s’appréhender comme une métaphore fruitière des organes reproducteurs masculins. Se méfiant à juste titre de tout ce qui se pare du voile pernicieux de l’humour naturaliste, Amina Solisti ne voulut voir dans cette plaisanterie triviale du Génois que l’un des subterfuges du Malin nous exhortant de façon subliminale à nous reproduire, à seule fin d’augmenter la quantité de douleur à la surface de notre Laboratoire des Humiliations. Devant l’étalage grossier de ces génitoires dupliqués, elle éprouva une telle nausée qu’elle décida, dès lors, de consacrer sa vie à effacer toute espèce de référence iconographique à la fécondité. Son entrée dans le champ du Paradox’art allait s’effectuer sous la forme d’une croisade purificatrice : acquérir dorénavant certaines des peintures lui inspirant une forte répugnance, les modifier par suppression de tout ou partie de ce qui est contraire à sa sensibilité, et y ajouter si nécessaire les ingrédients iconographiques plus adaptés à sa sensibilité !
La question de savoir si les productions d’Amina Solisti doivent être présentées au public sous l’angle d’un vandalisme répréhensible ou bien sous celui d’un ambitieux syncrétisme pictural est une question manichéenne qui ne pourra jamais surgir d’un esprit sceptique comme le mien. En effet, opter pour l’une ou pour l’autre de ces deux approches partisanes serait de ma part une attitude pareillement limitée qui consisterait à ne m’opposer par l’argument qu’aux seuls adeptes de la thèse concurrente. Or, si la méthodologie du soupçon qui a été le vecteur de ma solide formation intellectuelle à l’Institut des Grandes Interrogations me préserve à jamais de toute forme d’adhésion à l’une des chapelles de l’art comptant pour rien, elle ne m’interdit pas pour autant d’allonger au fil des ans la liste de ceux avec lesquels je me réjouis d’être en total désaccord.
Définitivement rétive aux gazouillis des classes dangereuses, je récuse en bloc les allégations fallacieuses des deux clans en présence. Ceux qui traitent Amina Solisti d’iconoclaste n’ont pas encore compris que ce ne sont pas tant les images qu’elle a décidé de vouer aux gémonies que certains emblèmes jugés non conformes à cette tradition anti procréative à laquelle les Uqbariens se réfèrent avec opiniâtreté depuis maintenant une petite éternité. D’ailleurs, pour bien montrer qu’elle n’était nullement opposée au folklore de l’image mais seulement à la représentation explicite ou allégorique de ces emblèmes démoniaques que sont les amygdales-sud et la fabrique à bébés, elle prit soin de ne supprimer des sept tableaux réalisés par le Génois que les parties qui lui semblaient préjudiciables à une lecture gnostique du monde : les figues et la coupe ! Mal informés me paraissent ceux qui considèrent Amina Solisti comme une dangereuse terroriste qui se serait réfugiée en Uqbar après avoir mutilé de façon coupable les peintures de Piero Netti. En effet, quarante ans après les faits incriminés, continuer à présenter son geste de soustraction prophylactique comme un acte de vandalisme, c’est ne pas prendre en compte le fait que toute production de l’esprit qui se destine à l’appréciation esthétique se présente d’emblée comme un commentaire critique relatif à une production plus ancienne.
Non moins incongrue est la position qui vise à faire d’Amina Solisti non seulement une disciple de Robert Ryman mais aussi, et surtout, la prêtresse d’une grande réconciliation entre des formes picturales que, jusqu’ici, la Critique avait considérées comme irrémédiablement antagonistes. Par une brillante tentative de synthèse entre la peinture de genre et la peinture analytique, Amina Solisti serait prétendument parvenue à faire coexister l’aspect lisse et chaud de la peinture illusionniste avec l’aspect rugueux et froid de cette approche objectiviste ayant choisi de n’insister que sur les seules procédures d’application des pigments. Or, s’il est une thèse à laquelle elle ne souscrira jamais, c’est bien à celle qui la présente comme l’instigatrice de je ne sais quel œcuménisme pictural dont l’ambition serait de dépasser dialectiquement les conflits entre tendances rivales. Au contraire, se jouant des contradictions insolubles d’une civilisation occidentale qui est en train d’imploser sous nos yeux, Amina Solisti se contente bien plus modestement de nous en révéler son mécanisme paroxystique, par le canal d’une peinture qui postule, de manière paradoxale, que tout processus d’effacement peut aussi s’appréhender comme un surgissement et toute soustraction comme une addition. »
Une succession de profanations impunies ! Par Lucie Brunato (revue Riposte n°33)
« De manière paradoxale, bien que souffrant d’embarras digestifs, Amina Solisti a choisi de fonder son activité picturale sur la notion d’assimilation. Acheter l’œuvre d’un autre peintre pour, au final, ne conserver qu’un fragment de son travail, en recouvrant de manière irrespectueuse tout le reste de la toile avec ses propres lubies, nous semble être une attitude moralement répréhensible, et, d’un point de vue juridique, une atteinte intolérable au droit de la propriété intellectuelle. La seule chose que nous pouvons souhaiter à Amina Solisti, outre le fait de découvrir un traitement efficace pour soigner ses maux d’estomac, est de trouver un jour un acheteur qui, au motif de l’assimiler, s’autorisera, juste retour de bâton, à saccager l’un de ses barbouillages préférés. »
La revanche dAthéna d'Ignolargo Sefes
La chute détails


























