Pastiche du cordon sans fin, d’après Alberto Fushni
Pastiche des cochons tatoués, d'après Wim Delvoye
La cité des profanations de Chet Arpius, détails (pastiches des anartistes de Pneuma)
Chet ARPIUS
Notion explorée: le changement d'échelle
Dans le deuxième scénario conçu par Biografictor28 et décliné par Alberto Fushni, le module de base du cordon sans fin est présenté comme une touche picturale que l'on aurait agrandie de manière spectaculaire.
Titre: La cité des profanations
Le noble et le trivial par Nicole Costa (revue Postures n°4)
"Le joyeux télescopage entre ces disciplines que les détenteurs du capital symbolique rangent de façon altière dans la grande culture (peinture et sculpture) et celles qu’ils ont coutume de reléguer avec dédain dans la culture de masse (bande dessinée et cinéma) prend avec la construction processuelle de Chet Arpius un tour mécréant qui semble se moquer tout autant du désir des héritiers de maintenir vivante la vieille opposition catégorielle entre le noble et le trivial que du charabia postmoderne s’escrimant à vouloir les réconcilier. Le procédé qui consiste à pasticher, à parodier, à parasiter ou à détourner des œuvres de plasticiens ayant déjà reçu un ample éclairage médiatique, en venant y greffer de façon espiègle des figurines qui représentent des personnages extrêmement populaires (Robin des bois, Zorro, Tintin, Marsupilami…) relève, chez cet anartiste, d’une démarche visant à user habilement du prestige des premières comme vaste terrain de jeu pour les seconds. Que les travaux individuels d’Allan Mac Collum soient fidèlement reproduits avant d’être outragés ou que les superpositions de Bertrand Lavier ne le soient que très sommairement n’a qu’une importance relative en regard de l’usage profane qui en est fait par les héros ou les antihéros qui viennent délibérément s’en emparer, dans le but d’y apposer leur irrespectueuse griffe d’infamie !
Pour Chet Arpius, le pastiche - en tant que genre - n’est pas une fin en soi ; il ne constitue nullement un exercice de virtuosité mais simplement un (pré)texte, une sorte de cadre paysager et rhétorique servant de support à un nouveau récit que le regardeur est invité à construire par la confrontation de deux formes de représentation du monde (la sculpture et la bande dessinée) dont on lui avait dit, jusque-là, qu’elles ne pouvaient pas se fréquenter. A l’évidence, la complexité d’un propos de cet acabit ne pourra susciter et soutenir l’intérêt de l’observateur que si ce dernier est lui-même gravement affecté par la quête compulsive de ces objets à notices et de ces simulacres à hypothèses génétiques compossibles qui pullulent désormais à l’intérieur du champ du Paradox’art."
Au ras de la moquette ! Par Lucie Brunato (revue Riposte n°5)
« Le mariage contre-nature entre ces disciplines traditionnelles que sont la peinture et la sculpture - activités que nous, les esthètes, persistons à ranger dans la rubrique de la grande culture - et celles plus récentes et plus divertissantes de la bande dessinée et du cinéma - que nous reléguons avec raison dans la culture de masse - repose, pour Chet Arpius, sur un parti-pris de métissage que jamais je ne cesserai de combattre. Avec ce mélange irrespectueux des genres et ce refus des hiérarchies, le Lituanien prend ouvertement le contrepied de notre désir légitime, au sein de la rédaction de Riposte, de maintenir vivante la vieille opposition catégorielle entre le noble et le trivial.
Le procédé discourtois qu’il utilise et qui consiste à pasticher des œuvres d’artistes ayant déjà reçu un ample éclairage médiatique pour les transformer en décors qui seront autant de paysages urbains imaginaires sur lesquels il viendra greffer de façon provocatrice des figurines en action représentant des personnages extrêmement populaires (tels que Robin des bois, Zorro, Tintin, Gaston la gaffe, Marsupilami…) relève, chez lui, d’une intention prédatrice visant à user du prestige des premiers comme vaste terrain de jeu pour les seconds.
Confrontés à la construction bigarrée de Chet Arpius s’intitulant la cité des profanations, les chroniqueurs les moins aptes à la génuflexion ne manquent jamais d’en souligner la difficile lisibilité. Faute de pouvoir s’agenouiller avec aisance devant cette architecture labyrinthique en plateaux, comme le feraient spontanément de jeunes enfants, afin d’en appréhender toutes les subtilités cachées dans ses recoins et soubassements, ceux, comme nous, qui ont les articulations engourdies ne résistent jamais au plaisir d’en critiquer l’aspect démagogique consistant à introduire dans le champ des beaux-arts de vulgaires figurines faisant référence aux genres les plus soporifiques de l’industrie culturelle. Outre le fait de n’être aisément accessibles qu’aux seuls mollusques rampants du premier âge, la faiblesse majeure de tous ces bricolages au ras de la moquette réside dans leur insupportable et paradoxale prétention à ne se fonder que sur un discours de légitimation truffé de références à une histoire de l’art dont, par ailleurs, ils se moquent sans vergogne. »
Pastiche de la série Individual works, d'après Allan Mac Collum (détail)
Pastiche de la série Individual works, d'après Allan Mac Collum (détail)
Pastiche d 'Aérolite, d'après David Vincent (collection Yoon Ja et Paul Devautour)
"Nous sommes tous menacés par un trou, une béance dont la matérialité est si peu visible que notre crainte interroge d'abord le statut même de ce que nous appelons la rationalité." Pierre Ménard
Pastiche de Lost objects, d'après Allan Mac Collum





