La peinture est un jeu d'enfant (détails)
Don Carlos FINNES
Notion explorée : La courbe
Le module de base du cordon sans fin ne présente que des lignes courbes.
Titre : La peinture est un jeu d’enfant
Le cubisme, non, le courbisme, oui ! Par Lise Poyem (revue Postures n°13)
« Ce maître andalou fut la figure de proue d’un très voluptueux courant pictural (le courbisme) qui vit le jour au tout début du vingtième siècle. Par l’élégance de son tour de main, Don Carlos Finnes parvint rapidement à contrarier tous les inconditionnels du cubisme. Avec ses ondoyantes séries baroques intitulées La pintura es un juego de nino (la peinture est un jeu d’enfant), le natif de Cordoba redonna à la courbe toutes ses lettres de noblesse. Tout aussi audacieuse fut l’introduction dans le corps de ses peintures de l’énoncé linguistique le plus succinct et le plus positif qui soit, un mystérieux « oui » difficilement perceptible mais néanmoins très signifiant.
A ce titre, sa contribution théorique fut décisive : en introduisant, en filigrane, dans le corps de ses puzzles maniéristes, le même adverbe d’affirmation « oui » - forme qui, bien que couvrant quasiment la surface de toute la toile, résiste néanmoins à son décryptage -, Finnes anticipa de près d’un siècle sur la pratique des artistes conceptuels, en réduisant le motif habilement caché de sa peinture à l’énoncé linguistique le plus succinct et le plus positif qui se puisse être. Loin d’être perceptible à tous les regards, ce « oui » devait constituer pour l’espiègle Andalou comme « l’Eurêka ! » et, pour tout dire, la gratification qu’il réservait au seul amateur attentif.
Il est des farceurs comme Finnes qui passent d’affirmation en affirmation. Leur vie ? Une longue suite, une joyeuse épidémie de « oui ». Isidoro Suarez, son biographe, nous le dépeint comme un fantôme qui, parce que le monde avait cessé d’exister pour lui, se pliait de bonne grâce à toutes les solitudes. Attentif à sa distraction et à son détachement, il appartenait à un univers non déclaré, situé entre le souvenir de l’Inouï et l’imminence d’une certitude. Autre témoignage : son ancien protecteur de Barcelone, le galeriste Miguel Francisco de Layetanas, parlait de son sourire comme d’une ombre blanche faisant songer à mille effrois vaincus, à la grâce qui triomphe du Terrible. Il passait, dit-on, à travers les choses et les situations, transperçant la matière. Avait-il atteint ses propres origines ou découvert en lui-même les sources de la clarté ? Nous ne le saurons jamais. Le fait est qu’aucune défaite, aucune victoire ne l’ébranla. Indépendant du soleil, et ne s’y exposant jamais trop longtemps, il effleura la vie comme la peinture, en se suffisant à lui-même. »
Un sacré menteur ! Par Chet Mécane (revue Riposte n°14)
«Dans cette approche de la peinture comme pur exercice combinatoire ou ludique, la seule vertu sollicitée par Don Carlos Finnes chez celui qui regarde n’est que la patience et l’habileté intellectuelle de l’amateur de puzzles. D’une certaine manière, ce que semble à première vue nous suggérer l’Andalou, et qui serait bien restrictif, c’est que ses tableaux s’adresseraient prioritairement à la figure emblématique du décrypteur d’énigmes, qui, tel Sherlock Holmes, pointerait son blair derrière les conventions plastiques pour y déceler les règles d’un jeu gratuit, analogue aux axiomes et aux définitions mathématiques.
Cependant, il faut bien voir que ce que la conception de la peinture comme “ puzzle ” élimine totalement, c’est justement ce par quoi on est tenté, à tort, comme le font tous les mauvais dictionnaires, de traduire ce mot anglais, par celui d’énigme. Or, ce mot comporte lui-même deux acceptions fort différentes, la première désignant un problème dont la solution n’est pas déjà incluse dans les données, la seconde la voie du mystère à laquelle elle fraye un chemin, et par “ mystère ” j’entends, non pas l’insupportable et abusif synonyme de l’énigme, mais cette dense nuée, soudain trouée d’une lumière qui nous éveille, moment divin où se dresse la tête du serpent. Le mystère est à l’énigme ce que l’imagination est à la raison. Sur le mystère, la raison n’a point de prise ; elle en a, par contre, sur l’énigme. Par le mystère, on est en face de Dieu, par l’énigme en face du Sphinx. Et parce que Don Carlos Finnes, en tant que Grand Initié, maîtrisait cette différence, il en a superbement joué, afin de nous dérouter.
On ne peut décrypter la signification perfide du message ésotérique se dissimulant dans les peintures de Don Carlos Finnes que si l’on est instruit de la place majeure qui fut la sienne dans le groupe maffieux des Tontos misticos. Il est non moins indispensable de connaître l’histoire des Euchites, gnostiques qui avaient recours à une stratégie déloyale pour échapper aux autorités chrétiennes lorsque celles-ci les empressaient d’abjurer leurs croyances hérétiques. A toutes les questions qui leur étaient posées, d’une seule voix, ils répondaient systématiquement « oui ». Saint Epiphane cite un exemple typique d’interrogatoire : êtes-vous prophètes ? – Oui. Etes-vous patriarches ? – Oui. Etes-vous des anges ? – Oui. Etes-vous le ravi de la crèche ? – Oui. Après cet épisode de soumission simulée, ils reprenaient leur vie errante et leurs pratiques habituelles. Ce pourquoi, à juste titre, on les appelait aussi : Les menteurs. »


















